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Un "petit monde"
Tout d'abord, il faut savoir que non seulement une cédille peut tout à fait mériter un article long, et d'ailleurs fort intéressant, mais engendrer des discussions plus longues que l'article. Sur wikipédia, on peut très bien se disputer pour un tréma ou un point virgule, un alinéa peut causer d'insondables problèmes, jusqu'aux guerres d'éditions. Je ne parlerais pas des articles scientifiques, les sciences n'étant pas ma partie, mais s'il semble qu'on s'y étripe moins que sur les sujets de sociétés, il n'en reste pas moins qu'on peut fort bien se crêper le chignon pour l'homéopathie. D'ailleurs, rien n'est sur dans le monde wikipédien, de sorte que des choses banales pour le commun des mortels, comme une "Chute à vélo" par exemple, peuvent être à l'origine de véritables épopées, des clans peuvent se former au sujet des cardans. Les salades peuvent être à l'origine de véritables drames. Prenez l' "endive" par exemple. Qu'y-a-t-il de plus banal, de plus ordinaire qu'une endive? Et bien sur , l'endive peut être l'enjeu de conflits homériques. On passa une bonne partie de l'hiver dernier à se demander si on devait appeler celle-ci "endive" ou "chicon" et nommer l'article en conséquence. Même les membres de l'académie française, pourtant connus pour leur lenteur et leur aptitude à couper les cheveux en quatre passent moins de temps que les wikipédiens à débattre sur un légume. Il y eut sur cet article maraîcher une polémique terrible, des claquements de porte, des entrées et des sorties. On n'en arriva pas jusqu'à la Cour Européenne de Justice, wikipédia étant un monde clos avec ses lois propres, où tout se règle de l'intérieur, mais ce fut une véritable tragédie franco-belge. Seuls les vaudois et les québécois restèrent imperturbables dans l'affaire, sans doutes parce qu'ils ne mangent ni endives ni chicon...

Il existe un langage, non seulement propre au monde informatisé mais à wikipédia, un jargon wikipédien. Plus vous l'ignorez et plus vous êtes profane. Les termes barbares que sont les "reverts" et le "NPOV" sont bien connus des initiés, et il est d'ailleurs nécessaire de les connaître pour pouvoir contribuer. Ce vocabulaire particulier, spécifique, de même que les pseudonymes utilisés par les contributeurs enregistrés constituent dans son ensemble un univers, un "petit monde", celui des fables avec ses personnages, ses ogres et ses bonnes fées, ses druides et ses mages, ses lutins, ses sorcières et ses sorciers. Sans oublier les gnomes, vandales et autres oiseaux rares, fantômes ou zombies , qui n'ont finalement que peu d'incidence sur le quotidien.

Ce petit monde est un chaos remarquablement bien organisé, égalitaire et sans véritable hiérarchie ou chacun a cependant son rôle et sa fonction, spontanément, selon ses capacités et le temps dont il dispose. Ce désordre géré avec une extrême rigueur et beaucoup de sérieux compose un tout global d'une grande efficacité: également celle d'un jeu de rôle de masse à grande échelle, dont le jeu du pouvoir, et non pas l'amour, qui y est appelé "wikilove", est le moteur, le principal ressort, . On peut constater le même phénomène dans les partis politiques, les syndicats, et même les ONG.

La plupart des contributeurs superposent leur ego à leur pseudo de façon plus confuse encore que dans les jeux de rôle, de sorte que les "élections par consensus" des administrateurs sont autant de plébiscites à leur ego, élections à main levée défiant toute légitimité démocratique. Le consensus est donc davantage le fait de moutons de Panurge.

Il s'agirait d'une encyclopédie si les joueurs étaient autant de citoyens. Mais, s'agissant pour la plupart de moutons de Panurge où chacun se comporte comme un petit dictateur en herbe à la conquête du pouvoir, il ne s'agit davantage d'un fait médiatique, d'une expérience de communication qui, de l'intérieur, tend davantage à ressembler à un univers concentrationnaire virtuel, sorte de bagne, ou s'organise des chasses aux sorcières, des campagnes de dénigrement sur fond de diffamation et de calomnies. Les moutons de Panurges représentent environ 75% des participants et n'ont pas d'autre raison d'être que de suivre à la lettre les règles de ce jeu du pouvoir; et s'y sentent d'autant plus incités que l'anonymat complet est de règle.
Reste bien évidemment environ 25% de gens intelligents et avertis qui en bonne foi mais avec un certain recul tentent de faire véritablement une encyclopédie où transmettre le savoir, 25 à 30% des articles sont en effet valables, le reste ne valant absolument rien pour être parfois fort longs. C'est bien évidemment parmi ces derniers qu'on trouve les gens les plus intéressants et les plus sympathiques, mais également ceux qui, trop différents du point de vue du profil social, trop fragiles ou trop ingénus, finissent par servir de bouc-émissaires à des moutons de Panurge subitement transformés en hyènes en mal de victime à dépecer, déchirer, détruire, par peur de finir à leur tout victime. Si le pouvoir est le moteur, la peur est le carburant.

Si l'on n'est pas animé par la soif de pouvoir, qu'on n'est pas particulièrement "carriériste", ni en quête de reconnaissance particulière, mais qu'on souhaite juste avoir un minimum de respect et de considération en échange du travail qu'on fournit, et nouer des amitiés, on est décidément beaucoup mieux dehors.

Il ne reste plus qu'à faire connaissance avec certains personnages.



Ecrit par Lory Calque, le Mardi 1 Novembre 2005, 00:28 dans la rubrique Wikipédie (Mémoires de la).